Vague bleue pour les Midterm: le nouveau pari risqué des médias

En novembre auront lieu les élections de mi-mandat, qui verront le renouvellement complet des 435 sièges de la Chambre des représentants, d’un tiers de ceux du Sénat et de 39 postes de gouverneurs. La tendance est à la victoire du parti démocrate, qui pourrait – suivant l’ampleur de sa progression – prendre le contrôle de la Chambre et du Sénat. Autant dire que ces élections sont cruciales: sans majorité parlementaire, le président Trump aurait beaucoup de mal à mettre en œuvre ses réformes à l’avenir, tant il serait gêné par une opposition systématique de la nouvelle majorité.

Une défaite du parti républicain serait logique

Les élections de mi-mandat – ou Midterm – sont connues pour sanctionner le parti au pouvoir avec une étonnante régularité: depuis 1840, sur les 44 scrutins… 41 se sont soldés par une défaite du camp présidentiel. En moyenne, le parti présidentiel perd 30 sièges à la Chambre des représentants et 6 au Sénat lors de ces scrutins.

Autant le dire tout de suite: une défaite du parti républicain est, même sans s’attarder sur les sondages, probable. Il n’est donc pas étonnant que la grande majorité des médias, des deux côtés de l’atlantique, table sur une victoire démocrate. D’autant plus que de nombreux facteurs hostiles à Donald Trump pourraient intervenir d’ici au mois de novembre: avancements dans l’enquête sur l’influence russe, doutes quant aux effets de l’accord avec la Corée du nord, scandales personnels…

Les médias ont peut être eu les yeux plus gros que le ventre

Là où je peine à rejoindre les médias traditionnels, c’est dans la volonté qui est apparue de personnifier le résultat à outrance. En effet, une défaite du GOP étant probable, les mass media ont commencé depuis le début de l’année à répéter encore et toujours qu’un recul des républicains, voire une reprise de l’une ou l’autre des chambres par les démocrates, serait un signe de rejet extraordinaire du président Trump. Le but est clair: exploiter un résultat qui n’est que mécanique pour en déduire une impopularité grandissante, un refus du président de la part du peuple.

Quant on sait qu’il suffirait d’un recul de 23 sièges pour qu’une telle bascule se produise dans la chambre basse, et de 2 dans la chambre haute, on peut honnêtement relativiser une telle conclusion: Barak Obama avait été sanctionné suite à son élection d’un recul de 64 sièges à la Chambre et de 6 au Sénat, Georges W. Bush (sauvé en 2002 par la situation internationale) en avait perdu, en 2006, 30 (respectivement 6) et Bill Clinton avait accusé un recul de 54 représentants, respectivement 8 sénateurs.

Malgré tout, les analystes de CNN, MSNBC et consorts alimentent un état d’esprit visant avant tout à considérer ces élections comme un référendum pour ou contre le président élu. D’une certaines manières, on y voit un esprit revanchard: n’ayant pas su mener Donald Trump à la défaite en 2016, ils aimeraient se rattraper en 2018 en lui attribuant un revers personnel.

Une stratégie risquée malgré tout

Mais qu’en sera-t-il dans les urnes? Les efforts pour mener à une vague bleue en novembre pourraient bien se retourner contre leurs auteurs. Non-pas sous la forme d’une victoire rouge, qui demeure peu probable (notamment au vu de la carte électorale, qui n’est cette année pas en faveur du GOP), mais sous la forme d’une mobilisation plus forte des soutiens au président, qui pourrait conduire à des résultats plus tempérés qu’attendus depuis le début de l’année.

Les Midterm sont habituellement marquées par une faible participation électorale. Il est plus dur d’amener des gens dans les bureaux de vote. En polarisant à outrance cette élection dans le but de faire voter tous les opposants de Trump, les mass media pourraient, sans le vouloir, mobiliser la base favorable à ce dernier.

A cet égard, il faut noter que Donald Trump est le président le plus apprécié par son parti après 500 jours au pouvoir de l’histoire moderne (à l’exception notable de Geroges W. Bush, qui bénéficiait de l’effet 11 septembre). Son action est jugée positivement par près de 90% des membres de son parti.

Outre les sondages, dont on sait qu’ils doivent être considérés avec prudence, les votes intermédiaires de ces dernières semaines sont un autre indicateur de cette tendance: lors des 14 dernières primaires républicaines, quel que soit l’Etat concerné, le candidat soutenu par Trump a remporté l’élection… 14 fois (ou mène la course, pour les quelques résultats encore non-définitifs). Dans plusieurs cas, le candidat soutenu n’était pourtant pas le favori .

Pas de jugement hâtif

Il est aujourd’hui trop tôt pour prédire les résultats, a fortiori pour prédire leur ampleur. De nombreuses choses peuvent se passer d’ici-là, et le climat politique des Etats-Unis extrêmement tendu en ce moment ne va rien arranger.

Une chose est pourtant claire: en instituant un référendum pour ou contre le président et en polarisant au maximum la campagne, la majorité des médias fait un pari risqué. L’intention initiale, celle d’amener aux urnes le plus de monde possible pour profiter du faible taux de popularité de Trump chez les démocrates et les indépendants pourrait payer. Mais elle pourrait tout aussi bien se retourner contre ses auteurs.

 

 

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A propos Yohan Ziehli

Président JUDC Vaud, Conseiller communal à La Tour-de-Peilz
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