Dérapages antispécistes ou le retour des lois raciales?

La liberté de conscience, la possibilité de se nourrir selon son éthique et la sensibilisation aux problématique de la consommation de viande étaient des piliers de l’engagement végan à ses débuts. Reposant sur le libre choix, la conviction personnelle et le dialogue, il s’agissait alors majoritairement d’un militantisme pacifique et démocratique.

Puis sont arrivées des associations prônant la violence, l’imposition d’une doctrine par la force et justifiant même des discriminations que l’on croyait reléguées à des temps reculés. Récemment, des militants influents et médiatisés de la cause antispéciste en Suisse ont tenu des propos révélateurs que l’on ne peut aujourd’hui laisser sans réponse, tant ils rappellent des raisonnements et des méthodes dont on ne voudrait plus entrevoir l’existence au XXIe siècle.

Des préjugés racistes…

C’est complètement envisageable pour un Suisse de classe moyenne supérieure d’arrêter de consommer des produits animaux, ça l’est moins pour une personne noire, qui doit déjà s’intégrer, qui parle une autre langue. Il est compréhensible pour ces personnes qu’elles aient d’autres priorités.
[Elisa Keller, déléguée chez 269 libération animale]

Ces propos auraient fait bondir l’ensemble de la classe politico-médiatique s’ils n’avaient pas été tenus par un membre de l’extrême gauche mais par un militant de droite conservatrice.

En effet, en opposant le Suisse de classe moyenne supérieure à la personne noire, l’auteur de ces propos établit implicitement quatre préjugés raciaux:

  • la personne noire ne fait pas partie de la classe moyenne;
  • elle n’a pas la nationalité Suisse, ou ne peut être considérée comme citoyenne du pays;
  • elle n’est pas intégrée, ou a besoin de l’être d’avantage;
  • elle ne parle pas de langue nationale.

De tels préjugés racistes au centre d’un discours supposé dénoncer la discrimination que subiraient les animaux par rapport aux humains? C’est l’un des nombreux paradoxes qui démontrent la faiblesse de la réflexion des leaders de la lutte antispéciste par la violence.

Mais ce n’est pas tout. L’inépuisable déléguée de l’association de libération des animaux aligne les propos douteux.

Chez certaines communautés migrantes par exemple, la nourriture est un bagage très important, c’est quelque chose qui rassure. Notre but est de rendre véganes les populations qui ont la possibilité de le devenir.

Outre le ton condescendant de cette citation, laissant entrevoir les communautés migrantes comme plus primitives que d’autres et devant se rattacher à des besoins de base comme la culture culinaire, on apprend que ces dernières n’ont pas la possibilité de devenir véganes.

Toujours dans un esprit de discrimination raciale et ethnique appuyé, la vandale soutient ainsi une catégorisation des humains qui auraient le droit de ségréguer les animaux ou pas. Une classification des personnes qui auraient le droit, pour reprendre sa rhétorique, de torturer, de réduire en esclavage et de massacrer tous ces êtres non-humains.

Ce permis de participer au génocide des animaux devrait-il être obtenu auprès de l’Etat ? Ou, comme la désobéissance civile est l’un des principes de base de l’association 269 libération animale, auprès d’Elisa Keller en personne – elle la sacro-sainte consciente de ce qui peut ou ne peut pas être fait?

Va-t-elle en personne annoter les passeports de tout un chacun, avec un « SCM » pour Suisse de Classe Moyenne, obligeant l’application du véganisme strict, un « SBR » pour Suisse à Bas Revenus, limitant la consommation de viande à un jour par semaine et un « N » pour les noirs (rappelons qu’ils sont présumés non-Suisses par la militante) autorisant l’abattage animal, même sans étourdissement?

Je ne sais pas si le plus choquant est que de tels propos puissent être tenus aujourd’hui, ou qu’ils le soient dans une relative indifférence de la part des mouvements antiracistes, généralement aux aguets quant aux préjugés balancés sur la place publique.

… aux méthodes violentes…

C’est une chose d’être baigné dans une doctrine antidémocratique et ségrégationniste. C’en est une autre d’user de la violence pour la diffuser.

Dans une vidéo de revendication des caillassages de boucheries parue sur les réseaux sociaux, et partagée par Mme Keller, le porte-parole des militants casseurs fait froid dans le dos:

Il faut savoir que dans chaque mouvement de lutte il y avait des gens plus violents et c’est ça qui a permis aux autorités de pouvoir discuter avec les gens moins violents. C’est le fait qu’ils avaient peur des autres.

La discussion, ou la doctrine, ne peut être amenée que par la violence, apprend-on. Le but revendiqué est d’instaurer la peur pour obliger l’Etat à négocier. Cette dynamique proche des organisations terroristes devrait révolter plus d’un citoyen. L’association 269 libération animale plaide dans le même esprit, justifiant la démarche offensive pour mettre l’ennemi à genoux

La terminologie, la volonté et les faits sont liés aux mouvements les plus néfastes qui ont existé ces dernières décennies en Europe et ailleurs. Des groupements d’extrême droite aux poseurs de bombes islamistes en passant par les bandes d’extrême gauche, toujours demeure cette idée. On remarque quelques éléments inquiétants:

  • la terminologie invoquant le combat. On ne parle plus à des opposants, mais à des ennemis;
  • l’idée de victoire totale, respectivement d’asservissement. Il faut mettre l’ennemi à genoux;
  • l’instauration d’une peur chez l’autorité et l’adversaire, imposée non-pas par les mots mais par des actes violents.

Si cette vision n’est heureusement pas partagée par l’ensemble des militants, il existe de fait une complaisance, si ce n’est une approbation de ces comportements. Ainsi, la militante des plateaux télévisés Virginia Markus refuse de qualifier les attaques à répétition contre des commerces locaux d’actes violents, minimisant le fait en estimant qu’il ne s’agit que de vitres cassées. Et son collègue Thomas Lepeltier qui, à la radio, les qualifie de petites actions de provocation, allant même jusqu’à prétendre qu’il n’y a pas de personnes atteintes.

… dans le but d’imposer une idéologie à tous

Le but de ces violences est, selon les leaders antispécistes précités, de parvenir à imposer une doctrine au plus grand nombre. Non-pas de gré, mais de force. Virginia Markus est très claire à ce sujet:

Le but n’est donc plus de convaincre les gens, mais de changer la législation pour interdire l’exploitation et le commerce des animaux. D’où la nécessité de passer par des actions de désobéissance civile.

Les tentatives de convaincre les gens, de les sensibiliser ou de créer le débat sont bien terminées. Il faut imposer de nouvelles lois, de quelque manière que ce soit. A la radio, cette même militante déclarait d’ailleurs que ces actions [de caillassage, de sabotage, les tags ou les jets de faux sang] s’inscrivent dans une suite logique de l’évolution du mouvement antispéciste.

Il faut aujourd’hui être conscient que pour une part non-négligeable de la mouvance antispéciste, le but n’est plus d’informer et de faire changer les choses pacifiquement, mais d’imposer un point de vue.  Notre but est de rendre véganes les populations qui ont la possibilité de le devenir, écrivait Mme Keller.

Devant des personnalités qui veulent imposer des lois sans légitimité démocratique et sans le soutien du public, qui partent du principe que ces lois devraient être différente en fonction de l’origine ou de la couleur d’individus et qui sont prêtes à user de la violence pour arriver à leurs fins, il est plus que temps de prendre conscience du défi que représenteront certains mouvements antispécistes dans les prochaines années et de se préparer à devoir agir de manière ferme pour préserver la liberté de tout  un chacun et l’esprit démocratique de notre société.

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A propos Yohan Ziehli

Président JUDC Vaud, Conseiller communal à La Tour-de-Peilz
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