Initiative No Billag: l’heure du bilan

Plusieurs années de travail et d’engagement, des débuts du texte à la votation en passant par la récolte des 100’000 signatures nécessaires et par une campagne d’une rudesse rare. Des rencontres, des alliances, des négociations, l’application des principes politiques appris jusqu’alors et, surtout, beaucoup de nouveaux enseignements pour la suite. Le chemin a été long jusqu’au 4 mars 2018 et le verdict du peuple, en l’occurrence un refus de notre projet par plus de deux tiers des votants. L’heure est maintenant au bilan. Il faut décortiquer ce qui a été fait pour pouvoir accomplir ce qu’il reste à faire de manière optimale.

Les déceptions

Il est normal de commencer par les déceptions. Même si l’on savait dès le départ que le combat serait rude et la victoire improbable, on se bat toujours pour gagner (plus précisément, pour faire gagner le peuple selon notre vision de ce qui est juste). Or nous avons perdu et la Constitution restera inchangée. Outre la défaite, le résultat est décevant, tant au niveau des voix que des Cantons.

Plutôt que de remettre la faute sur les opposants ou, pire encore, sur le corps électoral (je n’aime pas cette manie qui se répète votation après votation), il faut admettre que nous n’avons pas su imposer notre opinion et que nous nous sommes laissés enliser dans une campagne assymètrique où nous répondions aux critiques plutôt que de mener le débat.

Nous n’avons pas su convaincre les votants que la situation actuelle est plus « extrême » que notre initiative et que cette dernière posait les bases nécessaires à une réforme en profondeur. Nous n’avons pas non-plus réussi à lever les fonds nécessaires pour faire passer notre message face à la campagne à plusieurs millions qui s’est déployée face à nous.

Les points positifs

Malgré tous ces points, la défaite dans les urnes ne saurait éclipser les nombreuses victoires et l’influence positive que cette initiative a eu jusqu’à présent et, surtout, qu’elle aura pour l’avenir.

Premièrement, nous avons pu démontrer qu’une équipe motivée, même sans moyens ou presque et sans le soutien d’un parti politique (jusqu’au sprint final) pouvait créer une initiative, récolter les signatures nécessaires, développer un argumentaire de qualité et mener le combat. Voilà qui redonne confiance dans les institutions démocratiques, car cela démontre que les outils de la démocratie directe n’appartiennent pas qu’aux grandes formations politiques ou aux groupes financiers, mais bel et bien aux citoyens qui ont une vision et des idées.

Surtout, les problématiques liées au service public ont été mises à la lumière du jour et les défauts structurels du système actuel exposés à tous. Tout le monde ou presque, aujourd’hui, admet qu’il y a des problèmes tant au niveau de la perception de la redevance que de son utilisation. Les critiques contre un système d’un autre temps sont reconnues bien au-delà des cercles favorables à l’initiative, et les plus fervents partisans de la redevance admettent qu’il faut dégraisser la machine et réformer l’institution.

Concrètement, les promesses de réforme et d’économies en la matière ont été faites tant par les principaux responsables politiques que médiatiques, à commencer par la direction de la SSR.

Les suites à donner

Alors que depuis des années il était impossible d’obtenir une quelconque remise en question du service public et de son financement, des groupes politiques représentant une majorité des élus au parlement sont désormais favorables à une réforme. Il va falloir continuer d’appuyer où ça fait mal et maintenir une pression constante jusqu’à l’obtention d’une situation plus juste et équitable.

La peuple votant a certes jugé notre initiative trop radicale. Mais il a également très largement constaté les errances de la situation et a basé son choix sur la fameuse promesse de « se mettre au travail dès le 5 mars ». Nous nous assurerons que cette promesse soit tenue et que ses suites concrètes ne tombent pas dans l’oubli.

Il nous faudra nous battre pour une baisse de la redevance des ménages afin de soulager les personnes dont la capacité économique est la plus faible. Il faudra en finir avec la taxation des entreprises, dont les employés payent déjà le forfait chez eux. Il faudra s’assurer de l’exécution de la mission de service public par les entreprises concessionnaires. Il faudra établir une réelle diversité médiatique, hors de la distorsion de concurrence induite par un monopole de fait.

Le 4 mars s’est terminé un travail de plusieurs années. Mais le 4 mars a aussi commencé un nouvel engagement, fondé sur des promesses et des constats partagés bien au-delà des cercles qui soutenaient initialement les réformes. Notre défaite dans les urnes est une victoire dans les esprits et nous finirons par la concrétiser, pour le bien des citoyennes et des citoyens.

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A propos Yohan Ziehli

Président JUDC Vaud, Conseiller communal à La Tour-de-Peilz
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