No Billag: à la recherche du compromis perdu

Que l’on s’intéresse de près ou de loin à la politique, il y a un débat national que l’on ne peut avoir manqué ces dernières semaines : l’avenir de la redevance Billag. Le combat est rude et les électeurs sont parfois perdus entre les arguments annonçant une catastrophe en cas d’acceptation du projet et ceux qui prétendent que tout ira bien. Alors, l’initiative va-t-elle trop loin ? Pour trouver un compromis, faut-il voter OUI ou NON le 4 mars ? Regardons-y de plus près.

La stratégie phare des opposants à l’initiative est de décrire le projet comme « extrême » et de revendiquer une solution intermédiaire. Prétendant vouloir se remettre en question, ils affirment prendre en compte les revendications du peuple et l’appellent, de ce chef, à refuser le texte mis en consultation.

Mais pourrait-il vraiment y avoir des réformes dignes de ce nom en cas de refus de l’initiative ? Il serait très optimiste de répondre par l’affirmative. En effet, des solutions intermédiaires ont été proposées à maintes reprises ces dernières années… sans succès.

Les opposants à No Billag ont refusé les compromis

Ainsi la Conseillère nationale Natalie Rickli avait déjà proposé en 2008 de limiter la perception de la redevance aux possesseurs de radios ou de télévisions. Un tel système aurait évité aux citoyens de devoir payer la taxe Billag pour le simple fait d’avoir un téléphone portable. Cette initiative parlementaire n’a pas été acceptée par nos représentants.

Puis, en 2011, l’élue demandait que les économies administratives faites par Billag suite au changement du mode de perception de la redevance soient redistribuées aux ménages. La chambre du peuple, suivant l’avis du Conseil fédéral, a rejeté cette motion. La même année, une proposition visant à rendre le montant de la redevance perçu en trop (67 millions de francs) avait subi un sort identique.

Même sous la pression de l’initiative populaire No Billag, le parlement a sèchement refusé le compromis de l’UDC visant à réduire la taxe à 200 francs. Pire encore, nos élus n’ont pas daigné proposer un quelconque contre-projet à l’initiative, convaincus que le sujet n’avait aucune chance de passer le 4 mars. Nonobstant l’avis de centaines de milliers de citoyens qui estiment payer trop pour un service qu’ils n’utilisent pas ou peu et pour des programmes de divertissements qu’ils ne considèrent pas comme éléments du service public, aucune proposition de compromis n’a été faite.

Tout au plus le Conseil fédéral a-t-il annoncé, de manière opportuniste une baisse de la taxe à 365 francs par an et par ménage. Cette proposition n’est qu’un trompe l’œil habile et purement politique : en réalité, ce projet ne retranche pas un franc aux bénéficiaires de la redevance. Le manque à gagner provoqué par cette annonce sera compensé par une augmentation des contributions des entreprises. Or, toute augmentation des charges pour les entreprises se retrouve, in fine, impactée sur la bourse du citoyen au moment où il va faire ses courses, manger une assiette au restaurant ou voir un film au cinéma.

Les programmes locaux disparaîtraient-ils en cas de OUI?

La principale crainte des opposants est la disparition des émissions régionales, en particulier dans les cantons latins. Cette supposition est devenue l’arme favorite du camp du NON, qui l’a servie à toutes les sauces. Elle n’est cependant pas fondée.

Premièrement, des programmes purement suisses seront toujours diffusés par les médias privés du simple fait qu’ils intéressent les consommateurs. On peut d’ailleurs déjà observer ce fait dans le domaine sportif : les tournois de seconde importance ne sont pas retransmis par les canaux de la SSR, mais bien par des chaînes privées. On prendra par exemple, outre les matchs de première division, la deuxième division de hockey sur glace, dont bénéficient par exemple les fans de Ajoie et La Chaux-de-Fonds, et la Challenge league en foot, pour les supporteurs de Xamax et Servette. Dans ces deux cas, ce sont des émetteurs privés qui diffusent les matchs… sans subvention.

De plus, même dans l’hypothèse pessimiste où il ne serait pas possible d’assurer un service de qualité en ce qui concerne les informations et la culture locales, il sera toujours possible d’aider des médias par le biais des cantons. Il est donc mensonger de prétendre que la publicité sera la seule source de revenus pour les prestataires de services romands.

Pour donner un exemple chiffré, alors que la SSR à elle seule perçoit aujourd’hui 1,2 milliards de francs par année sortis directement de la poche des citoyens, l’ensemble des télévisions et radios régionales se partage la somme de 60 millions de francs (environ 20 francs par ménage et par année). Une solution prévoyant un tissu médiatique principalement privé avec des subventions ciblées pour l’information et la culture au niveau régional est tout à fait envisageable en cas d’acceptation de l’initiative No Billag et constituerait un compromis intéressant entre le tout et le rien.

Une situation qui convient à tous avec l’initiative

Offrons à notre pays une chance de connaître un système plus juste et garantissant l’accès à des programmes de qualité. Osons offrir une possibilité de soutenir les programmes faisant réellement partie du service public tout en laissant aux citoyens le choix de payer ou pas pour des émissions de divertissement étrangers à la notion de service public.

Le 4 mars, quand il faudra se rendre au bureau de vote, je penserai amèrement à l’absence de vision de notre gouvernement, au déficit d’écoute de nos élus et à la suffisance de la SSR et consorts. Dans le but de pouvoir faire changer la donne, je voterai OUI à l’initiative No Billag.

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A propos Yohan Ziehli

Président JUDC Vaud, Conseiller communal à La Tour-de-Peilz
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