Vote sur les minarets: où en sont les conséquences alarmistes que l’on attendait?

stop minaretsNous l’avons vu récemment avec le vote sur le renvoi des criminels étrangers et nous y assistons en ce moment suite à la votation du 9 février sur l’immigration : le discours des partis opposés aux initiatives de l’UDC n’est pas le même avant ou après le scrutin en question. Plus remarquable encore, les menaces et peurs invoquées pour inciter le peuple à refuser ces textes se révèlent, inlassablement, infondées.

Évidemment, il faut du recul pour pouvoir établir un bilan définitif. Analysons donc l’exemple d’un vote plus ancien qui fait figure de cas d’école dans ce domaine. Mauvaise foi, menaces infondées et alarmisme vain y ont fait foison. Je parle bien entendu de l’initiative anti-minarets acceptée par le peuple le 29 novembre 2009.

Un vote raciste et xénophobe ?

Les milieux opposés à l’initiative avançaient sans relâche, pendant la campagne, que ce texte était clairement islamophobe, qu’une acceptation signifierait un rejet de l’islam ou encore qu’un sentiment de racisme profond animait les partisans.

Ainsi, Jacques Neirynck, Conseiller national PDC, affirmait sa « répugnance devant un débat ridicule, odieux et dangereux ». A chaud le jour du vote, et de concert avec Hugues Hiltpold (PLR/GE), il clamait que « Les partisans ont joué sur les préjugés et la peur de l’islam ».

De même, Solidarité Suisse, critiquant le « retour de la bête immonde » parlait sans tabou :

« Lourde d’un racisme xénophobe qui a survécu à la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse de ces années-là est mûre pour nourrir de son expérience l’Europe qui s’impose aujourd’hui. »

Mais voilà que cette description d’une initiative visant à mettre les musulmans au ban de la société (pour reprendre les termes d’un Conseiller national des Verts) se voit contredite par les études ultérieures. Comme l’écrivait la RTS sur son site internet, quelques mois plus tard :

« Les 57,5% de citoyens qui ont accepté l’initiative contre la construction de minarets ont voulu donner un signal contre l’extension de l’islam en Suisse, montre l’analyse VOX dévoilée lundi. Un vote symbolique qui ne représente toutefois pas un rejet des musulmans de Suisse. […] Par ailleurs, 64% de tous les votants ont déclaré être totalement ou assez convaincus que les modes de vie des Suisses et des musulmans font bon ménage. En glissant un oui dans l’urne, les partisans entendaient donc avant tout émettre un signal symbolique contre l’extension de l’islam en Suisse. »

Cette étude correspond à l’interprétation du vote telle que l’ont donnée de nombreux politiciens après le scrutin, changeant totalement du discours de campagne, à l’instar d’Éveline Widmer-Schlumpf :

«  [Ce vote] ne constitue pas l’expression d’un rejet de la communauté musulmane, de sa religion ou de sa culture. »

Comme bien souvent, le discours des opposants à l’initiative finissait par rejoindre celui de l’UDC. Gardant la même ligne durant toute la campagne, Yvan Perrin (UDC/NE) réaffirmait le soir du 29 novembre que « Les gens n’ont pas dit non à l’islam, mais oui à d’autres valeurs ».

L’initiative devait signer l’arrêt de mort du tourisme et de notre économie

On nous indiquait de toutes parts la fuite des touristes musulmans ainsi que la fin de nos  bonnes relations économiques avec de nombreux Etats. A Genève, le Conseil d’Etat annonçait une perte de 2 milliards en cas d’acceptation de l’initiative, et cela pour le seul territoire de leur canton! Toujours sur Genève, la Tribune de Genève craignait que 10’000 emplois cantonaux soient mis en danger.

Ces menaces étaient largement relayées. Jacques Neirynck prophétisait un boycott des produits suisses par les pays musulmans, en relevant que « les pertes pourraient alors se chiffrer en milliards de francs ».

La Tribune de Genève emboîtait le pas :

« Car pour les milieux politiques, économiques et touristiques, une chose est sûre: l’interdiction des minarets aura des répercussions négatives sur la réputation du pays, voire sur ses affaires commerciales. »

Qu’en est-il actuellement ? A-t-on vraiment assisté à la fuite des touristes issus des pays musulmans, notamment arabes ? Les investissements étrangers en Suisse ont-ils drastiquement chuté ? Ce n’est pas l’avis d’un média français qui écrivait en 2012 :

« Le tourisme voilé est la poule aux oeufs d’or de l’hôtellerie suisse, selon une enquête de la Tribune de Genève. »

Ce dernier journal publiait, toujours en 2012, les lignes suivantes :

«Le tourisme arabe est en plein essor en Suisse. Depuis 2000, il a doublé pour atteindre plus de 400’000 visiteurs par année.» De quoi compenser en partie la perte de 643 000 nuitées au premier semestre 2012. A Genève, les riches clients du Moyen-Orient ont augmenté de 84% et les hôteliers se frottent les mains. »

Un article du Matin complétait ces informations :

« A Interlaken (BE), le nombre des nuitées des touristes en provenance du Golfe a bondi de 95% dans les six premiers mois de l’année. »

Précisons que ces chiffres très positifs reflètent la progression du nombre de touristes musulmans en provenance de pays arabes uniquement, et ne comprennent donc pas ceux qui nous visitent d’Asie ou d’Europe notamment. De plus, ces données sont parues dans une période de recul des nuitées, ce qui rend la performance d’autant plus remarquable.

Il en va de même pour nos exportations. Pour ne citer qu’un exemple, un accord de libre échange est entré en vigueur le 1er juillet 2014 entre la Suisse et les Etats arabes du Golfe. Ces derniers représentent désormais le cinquième partenaire économique de la Suisse, devant les Etats-Unis !

Même avant cet accord, la progression de nos échanges était intéressante, comme l’expliquait récemment le président de la Fondation « Gulf Research Center », Abdulaziz Sager :

« Les relations économiques entre la Suisse et les six pays du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar), déjà excellentes, peuvent se développer dans plusieurs secteurs. Les échanges commerciaux avec la Suisse ont augmenté en moyenne de 7% par an, en passant de 2,5 milliards de dollars en 2000 à près de huit milliards en 2012. »

L’absence de conséquences négatives à l’initiative en question est confirmée par le Secrétariat d’Etat à l’économie, dont la porte parole déclarait quelques mois après le vote ne pas avoir « connaissance de problèmes impliquant des entreprises suisses dans des pays musulmans à cause de ce vote ».

Une perte de crédibilité au niveau international

Les opposants à l’initiative annonçaient la perte de notre crédibilité auprès du monde arabo-musulman d’une part, du monde occidental d’autre part. La Suisse serait, selon eux, la risée des pays alentours. Les peuples voisins ne nous comprendraient pas. Notre réputation serait lourdement entachée.

La grande majorité de la presse suisse avait réagi dans ce sens dès le lendemain du vote. On peut citer le Temps:

« Sa crédibilité risque de s’écrouler à la faveur d’un coup de gueule, certes de portée symbolique, mais aux conséquences incalculables. »

De même, le Matin affirmait que le monde entier s’indignait. Qu’en est-il?

D’un point de vue international, encore une fois, ces affirmations ne se sont pas confirmées. La Suisse a gardé sa place d’Etat respecté et admiré. Citons le rôle influent qu’elle continue de jouer, en tant que pays neutre, lors des divers conflits. Et que dire de la tenue des Conférences de Genève relatives au conflit syrien, accueillant de nombreuses délégations musulmanes, pour ne citer que ces dernières.

Rappelons aussi que, s’ils avaient accès au droit d’initiative, la majorité des peuples européens auraient pris la même décision que les Suisses. Souvent même avec un résultat plus net encore!

AutocritiqueKadhafi

Il me faut concéder que cet article ne cite pas toutes les réactions. Soyons honnêtes et mentionnons aussi les exceptions aux faits que j’ai cités plus haut.

Oui, la Suisse a tout de même été critiquée par certaines personnalités politiques. C’est le cas de Mouammar Kadhafi, qui qualifia la Suisse d’Etat raciste, avant de s’emporter:

« C’est contre la Suisse mécréante et apostate qui détruit les maisons d’Allah que le jihad doit être proclamé par tous les moyens. »

Mea culpa: il est vrai qu’à cette époque, le dictateur libyen était encore fréquentable aux yeux de la communauté internationale.

De même, il me faut admettre que certaines personnes, à l’étranger, se sont offusquées de l’issue du vote. C’est le cas des journalistes et parlementaires européens. Les premiers tout heureux de publier des titres agressifs (synonymes d’augmentation des ventes) et les seconds effrayés à l’idée de voir l’émergence d’un réel système de démocratie directe dans leurs institutions.

Et il est vrai aussi que certains opposants à l’initiative n’ont pas retourné leur veste. Une partie de la classe politique, en effet, a continué de plaider contre ce vote et de mépriser le choix du peuple. « Nous allons étudier la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg » pour l’invalider, osait Ueli Leuenberger, président des Verts suisses. « Il faut trouver un moyen d’invalider ce genre d’initiatives », complétait le Conseiller national socialiste Roger Nordmann.

L’histoire se répète?

Autres sujets, mêmes moyens. Nous avons connu des argumentaires semblables pour d’autres objets (renvoi des criminels, immigration) et nous en connaîtrons encore (droit international, asile). Sachons faire notre part des choses et continuons de voter en notre âme et conscience. Comme un certain 29 novembre 2009.

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A propos Yohan Ziehli

Président JUDC Vaud, Conseiller communal à La Tour-de-Peilz
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